25.1.07

Carole Bouquet raconte Sangue d’oro

Tous les grands vins racontent une histoire. Carole Bouquet raconte l’histoire de son Passito, un vin de passion dont elle dit, « c’est un vin héroïque ».

"C’est vraiment un vin héroïque et vous comprendrez pourquoi quand vous connaîtrez l’histoire :
J’ai découvert l’île de Pantelleria grâce à mon amie Isabella Rosselini ; elle m’en a parlé avec des mots tellement incroyables que j’ai décidé d’aller y passer des vacances.

Je n’ai pas de racines, je n’ai jamais eu de maison de vacances et l’idée d’une maison de
« villégiature » ne m’intéresse pas.

Pour moi la Méditerranée est une promesse de bonheur. Quand j’étais petite ma mère habitait dans le midi, on descendait en train et avant d’arriver je me soulais de l’odeur des pins par la fenêtre du train. J’adore les marchés du midi, la couleur des légumes et des fleurs. Quand
j’étais plus jeune je m’achetais un énorme bouquet de fleurs juste pour le plaisir d’avoir toutes
ces couleurs dans les bras…

J’aime les figues, les tomates, l’ail, le basilic, le mimosa (A Pantelleria il pousse comme du
chiendent, les habitants l’arrachent).

J’ai vite senti que cette île, c’était chez moi. Je suis une enfant de la Méditerranée, je viens de la Grèce antique ; en Sicile on sent la présence de tous ces peuples qui se sont succédés
depuis des siècles, c’est rassurant.

C’est ma terre ; j’ai décidé de m’installer dans une partie de l’île où il n’y a pas l’électricité ; tout le monde a essayé de me dissuader, peine perdue... j’ai commencé par acheter une parcelle d’un hectare, puis une autre petite parcelle, etc. En tout j’ai dû traiter avec 70 propriétaires, en Sicile !

Dans cette partie de l’île, il n’y a pas vraiment de maisons, seulement des petits abris en
pierre où s’installaient les paysans l’été quand ils travaillaient dans la vigne ou ramassaient les
câpres ou les olives.

Ma terre est à 500 m d’altitude, il y a toujours du vent on n’a pas vraiment besoin de traiter. Le paysage est fait de petites terrasses. Impossible même de faire passer un âne ou un
motoculteur, tout doit se faire manuellement.

Tout le monde abandonne ces terrasses, c’est trop difficile ! J’ai aussi voulu faire ce vin pour que cette terre et ce paysage sublime créé, par l’homme il y a des siècles, continue à exister ; je suis entourée de terres abandonnées.

J’ai convaincu l’homme qui m’avait vendu la première parcelle de devenir mon vigneron. Il s’appelle Nunzio Gorgone. Sans lui rien n’aurait été possible.

Toute sa famille travaille, à la vigne, à la récolte des olives ou des câpres. Ensuite, ils vont aider les voisins. Sans cette solidarité, rien n’est possible sur l’île.

J’ai réalisé que je voulais une terre qui produise, je travaille pour ma terre, pour ces gens que j’aime.

A Pantelleria, les vignes sont travaillées en gobelet pour être protégées du vent. Les rendements sont tout petits.

Mon vin doit me ressembler. Je dois en être fière pour pouvoir en parler. Il y a 3 ans, j’ai compris que je n’arriverais pas à faire ce que je voulais ; j’ai décidé de ne pas produire de vin en 2004, de travailler avec un oenologue italien formidable dont j’avais entendu parler et de construire mon propre chai. On m’a expliqué que l’oenologue ne voudrait jamais travailler sur mon vin, que je n’obtiendrais jamais les autorisations pour faire mon chai, et que, quand bien même j’y parviendrais, je ne me rendais pas compte de ce que cela représentait. Une telle installation sur une île qui peut parfois rester des jours isolée de la Sicile pour cause de tempête… j’étais inconsciente !

Est-ce que vous imaginez mon émotion le jour, cet été, où j’ai mis enfin moi-même mon vin en bouteilles. J’avais la terreur que ça ne marche pas, puis que la machine s’arrête avant que nous ayons terminé. C’est impossible d’expliquer ce que j’ai ressenti (mon dos lui aussi s’en souvient encore), lorsque les 2000 caisses ont été rangées dans la remise pour être expédiées chez JFL (www.jflurton.com)

Ce chai est une folie, cette aventure n’est pas raisonnable mais elle m’enthousiasme. Le passito est un vin fait à partir de muscat d’Alexandrie que l’on nomme là-bas le Zibibbo. L’île de Pantelleria est une île volcanique mais mes terres sont argilo calcaires. Quand les raisins sont mûrs on les cueille et on les laisse sécher à même le sol partout dans les vignes, c’est à ce moment là qu’il se charge de toutes les odeurs de figuiers, de fenouil sauvage qui lui donnent ce nez et cette bouche incomparable. C’est un moment d’angoisse, car s’il pleut pendant cette période, il faut immédiatement couvrir les raisins d’une certaine façon. Je suis une des dernières à conserver ces méthodes ancestrales. Aujourd’hui, les producteurs font sécher le raisin sous serre, c’est sans risque mais il ne peut plus s’imprégner de ces odeurs si particulières !

Vous commencez à comprendre pourquoi j’ai appelé mon vin « SANGUE D’ORO «, j’ai trouvé le nom en deux minutes. C’était une évidence. Le drapeau sicilien est jaune et rouge. L’or est ma couleur et la couleur du vin. C’est le sang de ma terre.

Je vais tous les mois sur ma terre. Ce qui me fascine c’est le contraste entre la rudesse de cette terre volcanique et une douceur infinie. C’est ce que je cherche à exprimer dans mon vin.
Sa couleur or me fait rêver. Je ferme les yeux, je mets le nez dans mon verre, je retrouve
ma terre et je jouis avant même de le boire !!!

Mon vin, j’aime le déguster frais, pas glacé :
A l’apéritif, c’est formidable avec de la charcuterie et du fromage (en Italie on sert du parmesan
à l’apéritif) ou tout bêtement avec du Comté, du Roquefort ou un bon gorgonzola avec une
branche de céleri pour remplacer le pain.
A la fin d’un repas essayez avec des fruits, une poire, un pamplemousse ou un ananas en hiver.
Des figues en été… et bien sûr avec du chocolat.

Janvier 2007
Carole Bouquet est actrice « c’est ce que je sais faire de mieux ». Elle démarre le tournage d’un nouveau film avec Marc Lavoine fin Janvier. Son vin fait tout simplement partie de sa vie.