10.9.07

MONTLOUIS SUR LOIRE, UN CRU NOMMÉ DÉSIR - INDISSOCIABLE DE SON FLEUVE

Touraine, berceau des arts et du vin

Des profondeurs de l’Auvergne jusqu’à son estuaire vers l’Atlantique, en passant par la Touraine, la Loire suit inlassablement son cours royal égrainant au passage quelques-uns des plus beaux châteaux au monde, pour la plupart nichés dans des cadres majestueux classés au Patrimoine Mondial de l’Humanité. Berceau des arts, « jardin de la France », la Touraine a toujours attiré poètes, écrivains, musiciens, architectes, jardiniers et peintres. Tous ont été inspirés par les vignes. Car le vin fait partie intégrante de l’esprit ligérien. Aujourd’hui, le Val de Loire, troisième vignoble de France, compte près de soixante-dix appellations vineuses, dont Montlouis-sur-Loire est l’un des fleurons.


La Loire, première voie navigable

Le fleuve, que l’on voit paisible, indolent, a été longtemps utilisé pour le transport et le commerce des marchandises. À égale distance de Tours comme d’Amboise, sur la rive gauche de la Loire, Montlouis sur Loire était une importante étape pour les mariniers. Il est vrai que dès le début du Moyen Âge, le commerce du vin occupait une place prépondérante et la Loire était la première voie navigable du royaume.

Montlouis, un port actif

Jadis, au fil de la Loire, les gabarres, longues barques à fond plat dotées d’un mât et d’une voile carrée, semblable à celle que l’on peut voir gravée dans la pierre sur la façade de l’église Saint-Laurent, au centre de Montlouis sur Loire, s’arrêtaient pour faire le plein de tonnes qui voguaient vers Paris, mais aussi vers Nantes d’où les vins étaient expédiés vers l’Europe du Nord. À cette époque, le port de Montlouis était en pleine effervescence.


Des caves au creux de la roche

La construction de nombreux manoirs et châteaux, comme le proche château royal d’Amboise ou celui de la Bourdaisière, sur la commune de Montlouis-sur-Loire, édifié par François 1er pour sa maîtresse Marie Gaudin avant d’abriter Gabrielle d’Estrée, favorite d’Henri IV, nécessita que l’on exploita le tuffeau, un calcaire tendre. Les coteaux de Montlouis et d’ailleurs devinrent par endroits truffés de galeries. Les carriers en profitèrent pour aménager dans la roche des habitations troglodytiques avec vues imprenables sur la Loire ou des caves, idéales pour la maturation des vins.


ENTRE LA LOIRE ET LE CHER


Le royaume du pineau de Loire

Montlouis sur Loire est à un quart d’heure de route de Tours, capitale de la Touraine, et à une heure de Paris. Autrement dit, au cœur de la France. À l’amont de Tours, entre les rives de la Loire et celles du Cher, avec la forêt d’Amboise pour limite orientale, la craie est le plus souvent apparente sur les terres de l’appellation. C’est là le facteur naturel le plus important dont bénéficient les vignerons de Montlouis sur Loire, à l’instar de leurs voisins d’en face, ceux de l’appellation Vouvray.
Et qui dit terroir, dit cépage. Ici, règne en seigneur le cépage chenin, que les vignerons appellent pineau de Loire. On a beau avoir essayé d’autres plants, le pineau de Loire est le seul à donner, sur ce terroir, des vins blancs d’une réelle exception, des vins identitaires. D’ailleurs, le chenin a sa « statue », sous forme d’une immense grappe de raisins dorés, au cœur du village de Montlouis sur Loire !


Le tuffeau complice du vigneron

Au cours des siècles, les vignerons ont su profiter de ce cadeau de la nature. Ils ont creusé pour profiter de la température et de l’hygrométrie régnant dans le tuffeau. Outre la température constante, ces caves taillées dans la roche tendre permettaient jadis de travailler par gravité, le moût tombant directement en sous-sol dans des cuves en pierre ou en bois. Certains vignerons et négociants de Montlouis eurent aussi la bonne idée d’installer leurs caves aux pieds des coteaux, à proximité immédiate des quais pour mieux charger les fûts.

Montlouis sur Loire, une « jeune » appellation

Avant la récolte de 1938 et le décret du 6 décembre de la même année, les vins produits sur le territoire de Montlouis sur Loire se vendaient sous le nom de Vouvray ou Vouvray de Montlouis. Dans les années cinquante et soixante, quand Montlouis n’était pas encore « sur Loire », les vins de l’appellation éprouvèrent quelques difficultés à asseoir leur identité propre. Avec l’aide de la municipalité et l’effort de ses vignerons, Montlouis sur Loire s’est peu à peu affranchie de sa voisine d’en face pour devenir l’une des appellations ligériennes les plus en vue.

Exception dans le paysage viticole actuel, depuis l’année 2000, près de vingt nouveaux vignerons, en majorité des jeunes, se sont installés. Cela grâce à une coopération constante entre le syndicat de l’appellation et la Safer pour mettre en place un répertoire des exploitations à reprendre. Une manière d’insister auprès d’eux pour favoriser l’installation plutôt que de voir les vignes se disperser entre voisins.


UN TERROIR, UN CÉPAGE, UN CLIMAT… ET DES VINS


La craie et les perruches

En dehors de Montlouis sur Loire, deux autres communes sont concernées par l’appellation : Saint-Martin le Beau et Lussault sur Loire.
L’aire d’appellation s’étend sur un potentiel de 1.500 ha.
Pour le moment, près de 400 ha de vignes sont en production.
Le vignoble repose sur un socle de tuffeau très absorbant que les géologues connaissent sous le nom de craie du Turonien et dans lequel les racines vont puiser leurs micro éléments. Une couche argilo-calcaire et argilo-siliceuse, plus ou moins importante, recouvre ce socle avec, par ci, par là, des poches pierreuses composées de silex et de craie appelées localement « perruches ». Les vignes sont pour la plupart plantées en pentes douces et exposées vers le sud (vallée du Cher). Elles bénéficient de l’influence océanique ainsi que d’un microclimat favorable à la surmaturation du chenin.


Une palette d’interprétations

Au total, l’appellation Montlouis sur Loire fait vivre une cinquantaine de familles vigneronnes. Près des deux tiers des vins sont élaborés en fines bulles, une majorité d’entre eux par la Cave Coopérative (25 adhérents) à la pointe de la technique.

Un cépage : le chenin

Le chenin, qui ne supporte pas la médiocrité et qui traduit avec magnificence la noblesse et la pureté du terroir, met très souvent en avant les particularités du millésime. Il offre au vigneron une palette d’interprétations, allant du sec nerveux, au demi sec ou sec tendre, en passant par le moelleux élégant, le liquoreux éblouissant et les fines bulles souvent étonnantes.

Les vins secs sont nerveux, parfois très vifs, profonds et élégants à la fois. Selon les styles des vignerons, ils sont capables de rondeur et de complexité, développant, en fonction de leur garde en cave, des arômes d’amande, de fleurs blanches, d’agrumes (pamplemousse), de fruits blancs (pomme, poire) et de pierre à fusil.

Plus tendres, plus souples, les demi secs séduisent par leurs arômes de fruits mûrs, leur gras et, dans le meilleur des cas, par une structure qui maintient la fraîcheur et optimise la garde en cave, ce qui ne les empêche pas d’être délicieux dans les deux années qui suivent leur récolte.

Moelleux et liquoreux étonnent les amateurs par leur robe dorée, leur richesse et leur concentration. Ils sont en général soutenus par une belle acidité naturelle qui facilite leur dégustation et garantit une longue garde pouvant aller au-delà de trente ans. Des vins qui s’expriment sur une large gamme d’arômes : coing, fruits exotiques, zestes d’agrumes, miel de tilleul, cire d’abeille, truffe blanche, pain d’épices… De véritables trésors !

Les fines bulles de Méthode Traditionnelle déclinés en secs ou demi secs surprennent par la finesse de leurs bulles et leur attaque en bouche, vive et précise. Leur acidité naturelle fait qu’on peut les conserver cinq à dix ans en cave où ils gagnent en complexité. Bus jeunes, ils s’expriment sur des notes fruitées (pomme, pamplemousse) et florales (aubépine). Mais l’appellation se distingue de plus en plus par des pétillants faiblement dosés ou extra bruts, dont l’amateur apprécie la pureté et la justesse du goût.

DES BLANCS POUR TOUS LES PALAIS ET TOUS LES METS


Montlouis sur Loire est par excellence un vin de gastronomie. Et avec une telle diversité de vins blancs, tous les mariages - ou presque - sont possibles.

À l’apéritif :

Les bulles fines de méthode traditionnelle, comme les pétillants, de préférence non dosés, sont parfaits au moment de l’apéritif, à condition de les servir frais, mais non glacés, autour de 6 à 8° sur diverses mises en bouche. Petites brochettes de viandes épicées ou de crevettes, carrés de saumon ou de truite fumés, coquillages, huîtres, toasts de rillettes tièdes, mini saucisses, dés de légumes crus que l’on plonge dans une crème à la menthe ou à la ciboulette, petite friture d’ablettes, etc. Température de service : entre 6° et 8°.

En entrée :

C’est le moment de placer le Montlouis sur Loire sec qui sera à son aise sur toutes les entrées marines, les poissons crus façon sushi, les huîtres pochées à la crème, les langoustines, les coquilles saint-jacques à la crème, les terrines de poissons, bien sûr, mais aussi tous les poissons avec une préférence pour ceux de Loire et de rivières préparés au beurre blanc : saumon, truite, sandre, carpe, brochet, anguille, alose… Mais le vin accompagnera volontiers les entrées charcutières, pâtés divers, si possible en croûte, boudin blanc, andouille, andouillette… Certains amateurs ont une préférence pour les demi-secs, surtout sur les plats à la crème. Température de service : 10°.

Avec le plat principal :

L’occasion ou jamais de faire connaissance avec les demi secs. Sur de tels vins, âgés si possible de quelques années, les volailles pochées à la crème ou la poularde en demi-deuil (truffes), mais aussi une sole aux champignons ou un homard poché, n’en seront que plus majestueux. Autres mariages à ne pas manquer : un pigeonneau de Bresse saignant accompagné de cèpes ou encore la géline de Touraine en croûte de sel, un veau préparé dans une sauce au curry, un simple poulet rôti. Température de service : 10°.

Avec les fromages :

Essayer les bulles fines sur un fromage frais. Le sec ira au mieux sur les chèvres du Val de Loire, le Sainte-Maure de Touraine, en particulier, ou le chabichou. Les demi secs et même les moelleux sont à goûter sur les pâtes persillées. Température de service : 10°.





Au dessert :

Les tartes fines aux pommes ou autres fruits, y compris les tartes à l’orange, peuvent aisément se marier avec un Montlouis sur Loire demi sec, même s’il s’agit d’un effervescent. Les moelleux entrent en scène sur toutes les pâtisseries, avec une préférence pour les gâteaux incluant des fruits exotiques (banane, mangue, ananas, etc), mais aussi les salades d’agrumes peu sucrées dans lesquelles on aura versé de larges rasades de vin moelleux de Montlouis-sur-Loire. Les amateurs réservent les grands et vieux liquoreux pour la fin du repas lorsque l’on décide enfin que le vin se suffit à lui-même. Certains l’accompagnent d’un grand havane de belle facture. Température de service : entre 8 et 10°.

UNE ZONE BIEN PROTÉGÉE



La ville de Montlouis sur Loire, qui compte plus de onze mille habitants, est fière d’être à la fois ville de culture (un prestigieux festival de jazz), ville ligérienne (une Maison de la Loire s’y est installée il a une vingtaine d’années) et ville viticole (appellation d’origine contrôlée dès 1938). Depuis longtemps, la municipalité travaille en étroite collaboration avec le syndicat du cru auquel elle apporte son soutien, notamment lors de la foire aux vins qui se tient début décembre.

Afin de préserver leur belle campagne et une partie de leur vignoble des méfaits engendrés par l’urbanisation galopante de l’agglomération de Tours, la municipalité de Montlouis-sur-Loire, en accord avec les vignerons, s’est armée d’une zone agricole protégée (ZAP) qui interdit toute sorte de construction, y compris l’érection d’une simple cabane de jardin.

Cette zone, la première du genre en France, va protéger 10 % du territoire communal, soit 322 hectares de vignes concentrées en priorité sur les premières côtes où se trouvent les parcelles les mieux exposées, donc les plus convoitées par les promoteurs.











La zone agricole protégée est une servitude d’utilité publique instaurée par le Préfet à son initiative ou sur proposition de la commune. La ZAP a notamment pour effet de soumettre à l’avis de la Chambre d’Agriculture tout changement d’affectation ou mode d’occupation du sol qui altère durablement le potentiel agronomique, biologique ou économique d’une zone agricole. En cas d’avis défavorable, le changement ne peut être autorisé que sur décision motivée du Préfet. Plus draconienne qu’un plan local d’urbanisme, cette ZAP permet de concilier les dynamiques urbaines et viticoles, une meilleure entente entre citadins et agriculteurs, tout en assurant l’avenir, sachant que, même en cas de changement de municipalité, il ne sera pas possible de la supprimer.

Prochaine étape municipale, toujours en concertation avec le syndicat du cru : la création d’une zone d’activité viticole afin de répondre au besoin de bon nombre de viticulteurs de l’appellation Montlouis sur Loire en bâtiments de vinification et de stockage de matériels et de bouteilles.

Un exemple que bien des communes vigneronnes devraient méditer…

UN PÉTILLANT NATUREL NON DOSÉ




Les vignerons de l’appellation Montlouis sur Loire finalisent l’élaboration d’un cahier des charges très strict pour l’élaboration d’un effervescent « haut de gamme » dont le nom retenu pour le moment est « Pétillant Originel ».


La particularité du pétillant naturel non dosé repose sur une « philosophie » impliquant le respect de règles qualitatives contrôlées régulièrement à chaque étape de l’élaboration, de la vendange manuelle au bouchage avec un bouchon liège maintenu par un muselet, mais sans plaque.


L’agrément de ce pétillant particulier se fera sur lattes, avant l’opération de dégorgement, pour un vin ayant moins de 5 grammes par litre de sucres résiduels, soit l’équivalent d’un « brut nature » ou « non dosé ».












Quelques règles du cahier des charges :

Les rendements ne devront pas être supérieurs aux rendements autorisés pour les vins tranquilles d’appellation Montlouis sur Loire, soit 52 hl/ha pour les Montlouis « tranquilles » ou 65 hl/ha comme pour les Montlouis pétillants.

Cépage chenin 100 %.
Degré minimum sur moût : 11,5 % vol.
Pressurage de la vendange entière et pressoir pneumatique obligatoire ou mécanique, mais sans les chaînes ni les cercles.
Pas de levurage, ni de chaptalisation.
Pas de liqueur de tirage, ni de liqueur d’expédition.
Le SO2 est autorisé sur vendange, sur moût et sur vin.
Temps d’élevage sur lattes de 9 mois minimum.

Il est prévu de commercialiser ce vin dès la récolte 2007 autour de 7 € la bouteille.
MONTLOUIS SUR LOIRE EN CHIFFRES


Appellation d’Origine Contrôlée depuis le décret du 6 décembre 1938

Rendements autorisés

Appellation Montlouis sur Loire, quelle que soit la catégorie : 52 hl/ha.
Appellation Montlouis sur Loire pétillant : 65 hl/ha.

Le bénéfice de l'appellation d'origine contrôlée ne peut être accordé aux vins provenant des jeunes vignes qu'à partir de la deuxième année suivant celle au cours de laquelle la plantation a été réalisée en place avant le 31 août.


Ø La production

Ø Montlouis sur Loire tranquille sec, demi-sec et moelleux : 6 000 hl/an

Ø Montlouis sur Loire pétillant ou Montlouis sur Loire mousseux : 12 000 hl/an.


La commercialisation

1 cave coopérative ; 59 caves particulières ; 8 négociants commercialisent les vins des appellations Montlouis sur Loire.


Les réseaux de distribution des vins de Montlouis sur Loire

La part de la grande distribution représente 25 %, l’Export 10 %, Les circuits « courts » représentent près de 65 % répartis entre les ventes directes à la propriété, les C.h.r et les cavistes.


Les marchés à l’Export

30 % Etats-Unis, 25 % Belgique, 15 % Royaume Uni, 30 % autres

Les prix de vente moyens

Montlouis sur Loire Fines bulles entre 5 et 6 euros

Montlouis sur Loire sec entre 6 et 8 euros

Montlouis sur Loire demi sec entre 7 et 10 euros

Montlouis sur Loire moelleux entre 10 et 15 euros